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Après des années de croissance, l’industrie financière et de la gestion en particulier subit de plein fouet la crise de confiance des clients. En raison de la baisse de l’immobilier et de la chute des bourses, le patrimoine net des français estimé par la Banque de France (rappelons que les 2 tiers du patrimoine des français ne sont pas des actifs financiers) a reculé pour la première fois depuis 30 ans en 2008.
La crise est tout d’abord apparue durant l’été 2007 comme une crise de liquidité. Elle s’est étendue depuis cet automne aux marchés des pays émergents. Partie des Etats-Unis, la crise de l‘immobilier a touché violemment, avec les produits structurés de refinancement à court terme et titrisation des prêts, quelques prestigieuses banques d’affaires à la réputation et à l’assise financière pourtant bien établies. La détérioration de ces produits structurés spécifiques s’est étendue à l’ensemble des produits structurés car il y avait un doute sur la composition réelle de ces derniers. Elle a entrainé de nombreuses dépréciations d’actifs d’établissements financiers et conduit les banques centrales à abaisser leur taux directeur afin de détendre le marché monétaire. Point d’inflexion de cette crise, la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008 a violemment ébranlé l’ensemble du système financier. Une crise de confiance sans précédent s’est emparée des établissements entre eux et du grand public vis-à-vis de l’ensemble de l’industrie financière. Les autorités et les banques centrales ont alors déployé un ensemble de mesures pour soutenir le refinancement des banques et permettre leur recapitalisation, assouplir les règles de comptabilisation, de couverture et de valorisation de certains instruments financiers. Si le pire a été évité pour certains de nos établissements, la crise bancaire s’est propagée à l’ensemble des économies réelles apportant avec elle le recul de la consommation et la rétraction des investissements des entreprises.
La situation actuelle nécessite avant tout des réformes de fond afin de repenser la régulation financière et ceci au niveau international. Elle doit nous conduire également à réfléchir sur la dissémination du risque de crédit au sein du système financier par les mécanismes de titrisation et la difficulté de valoriser ces produits structurés selon des modèles mathématiques. Elle nous pose donc les problèmes techniques de responsabilisation des acteurs financiers dans une chaine de traitement complexe et de méthodes d’appréciation des risques des produits structurés. D’une manière beaucoup plus générale, elle met en avant la fragilité de nos modèles économiques qui reposent essentiellement sur le crédit et donc sur la confiance que les différents acteurs s’accordent entre eux.
Faut-il pour autant rejeter toute l’innovation financière et ses produits complexes ? Faut-il restreindre le fonctionnement des marchés de crédit et dérivés de crédit uniquement à certains types d’établissements au risque d’accentuer les comportements mimétiques et l’effet domino ?
Que dire des scandales financiers, fraudes ou dérapages de traders et de leur hiérarchie, qui ont émaillé l’actualité ici et là laissant des ardoises dont le montant vertigineux semble à la hauteur de l’incapacité de l’industrie financière à maitriser ses risques fussent-ils le fait de quelques simples individus ?
Que dire des plans de stock-options proposés aux dirigeants et cadres supérieurs des établissements qui ont bénéficié du soutien de l’Etat et qui vu le faible cours actuel augurent de bonnes perspectives pour l’avenir de ses heureux bénéficiaires ?
Faut-il donc condamner l’ensemble de l’industrie financière, ses pratiques, ses hommes, ses produits et les liens incroyablement complexes qu’elle entretient avec l’économie réelle ?
Une première vie passée dans l’ambiance survoltée des salles de marché à l’époque bénie où mon premier chef cambiste me disait « Dorothée, il ne faut pas p… contre le vent » et dans celle nettement plus feutrée des services de l’inspection générale à la recherche inquiète de fraude ou dépassements de ligne, puis une seconde à chercher à réconcilier ce monde de la finance et celui de l’environnement (à l’époque on ne parlait pas encore de développement durable), me font dire que non, ne jetez pas le bébé et l’eau du bain ! L’industrie financière est certes de plus en plus complexe et difficile à réguler mais elle n’en demeure pas moins un organe vital à nos économies, un huilage essentiel pour accompagner les entreprises et nos projets de quelque nature que ce soit.
Acteurs de la finance ou simple client, gardons toute notre raison !
Clients de cette industrie financière, comparez les offres de services et de produits des établissements, répartissez vos risques entre plusieurs établissements tout en gardant en tête une vision globale, négociez les tarifs, n’acceptez pas des produits que vous ne comprenez pas. Soyez exigeants quant à la transparence des informations qui vous sont communiquées mais ne rêvez pas au produit miracle et confidentiel ! Ces deux derniers mots ne s’accordent guère avec une industrie financière et de gestion digne de ce nom.
Acteurs de l’industrie financière, retroussez vos manches ! Il vous faut bien sûr renforcer votre maitrise des risques, développer la lutte contre la fraude et les abus de marché, adapter votre organisation à une place accrue des services de contrôle. Mais sachez aussi imposer aux stars des marchés une star du contrôle ou même osez les équipes anti-star de part et d’autre ! Révisez et documentez vos processus de traitement. Recherchez la transparence dans toutes les informations que vous communiquez. C’est à ce prix que la confiance reviendra !
Et puis oui, avouons le un peu de morale et d’éthique ne feraient pas de mal dans toute cette crise !
Dorothée Lepère
Consultante senior
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